Luc Ramponi: Jugendkonferenz

LA JEUNESSE AU LUXEMBOURG: CRITIQUE ET ENGAGÉE ?

La participation, la citoyenneté, l’engagement des jeunes : autant de concepts à la mode. Mais concrètement ça sert à quoi ?

Franck Chabriac est allé à la rencontre de Luc Ramponi, jeune et engagé, président de l’organe « parapluie » des organisations de jeunesse au Luxembourg, la CGJL.

1. Comment percevez-vous la Jeunesse luxembourgeoise ?

Je préfère parler des « jeunes qui vivent, travaillent ou étudient sur le territoire du Luxembourg ». Ces jeunes sont souvent sous-estimés dans leurs compétences et leurs potentiels. Bien que beaucoup d’eux se plongent dans les jeux vidéo, la télévision ou leur Smartphone, ils sont dans leur majorité intéressés au sujets les concernant, prennent des initiatives et savent manifester leurs idées par des formes d’action politique moins conventionnelles, mais souvent ignorées ou même stigmatisées comme par exemple l’art (graffiti, « street art », affichage, autocollants, etc.), la musique (Punk, Rap, etc.), les actions participatives (engagement dans un mouvement de jeunesse, « critical mass », projets communautaires, etc.). Il faut donc absolument nuancer le cliché de la dépolitisation des jeunes et ne surtout pas réduire la participation politique à des discours de « jeunes politiciens ».

2. Quelle est sa place actuelle dans le débat social ou politique ?

Il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits les dernières années pour stimuler les jeunes à participer dans ces débats. Mais souvent, on a l’impression que cet engagement sert au monde « adulte » plutôt comme « alibi » pour démontrer que les décideurs politiques écoutent les soucis, les problèmes et les idées desjeunes.

Je me rappelle bien de l’intervention du premier ministre, M Juncker, lors de la séance plénière du dernier « Jugendkonvent » qui a été organisé par la CGJL. Je me permets de citer un passage de sa prise de parole qui m’a quand même frappé : « et ass och net verbueden, datt een vun 20 Joer probéiert ze verstoen, wat een vu 70 ëmdreift, (…), dann ass et net esou, datt déi Jonk ëmmer Recht hunn, se hunn précisément net ëmmer Recht, an déi Al hunn net ëmmer Onrecht ». Si j’entends des phrases pareilles, je me pose sincèrement la question si cette forme de discours encourage les jeunes à entrer dans le débat.

3. Quels sont les progrès éventuels à faire ?

Afin d’encourager les jeunes à se lancer d’avantage dans le débat politique, il me semble important qu’il y ait des retours du monde politique quant aux propos émis par les jeunes engagés. Il ne suffit pas seulement de prendre acte de leurs idées, mais il faut démontrer qu’on les prend au sérieux et que le fruit de leur travail, de leurs revendications sont intégrées dans les décisions politiques et dans le processus de l’établissement des actions politiques. Il faut tenir compte de leurs intérêts et besoins.

4. Que vous inspirent les mots : contestation, engagement et esprit critique ?

Dans notre système actuel, on essaie souvent de nous faire croire que les politiques menées sont « sans alternative ». Une telle atmosphère me semble assez hostile pour animer une participation dans la société et pas crédible quant aux différents efforts de contrecarrer le soi-disant désengagement des jeunes. Le développement des actions de participation de la jeunesse est souvent le produit d’un processus de politisation qui dérive de la contestation de formes politiques et sociétales encroûtées. Je pense que contrer le «main-stream » et remettre en question « l’indiscutable » par des actions de participation «subversives » fait d’avantage développer l’esprit critique.

5. Pourquoi serait-il si nécessaire que les jeunes prennent une part plus active à la vie politique ?

Je n’aime absolument pas l’affirmation souvent utilisée que les jeunes engagés d’aujourd’hui sont les décideurs de demain. Ceci limiterait la participation des jeunes à une sorte d’apprentissage ou d’initiation à la politique. En tant que jeune, il ne faut pas cesser d’accompagner de façon critique le processus politique et faire entendre sa voix si nécessaire. Toutes les décisions prises par les décideurs politiques actuels ont un impact sur la vie des jeunes d’aujourd’hui et sur leur avenir. La « jeunesse » a donc besoin de beaucoup plus de lobby pour que sa voix ne puisse pas être ignorée.

6. Quelle est votre opinion si l’on vous parle de « Conflits de générations » ?

Les jeunes construisent leur vie comme leurs parents ou grands-parents l’ont fait aussi. Les échecs et les réussites déjà vécus par ces derniers se reproduisent. Mais des fois, les « moins-jeunes » ne se souviennent plus de leurs propres expériences. C’est ainsi, que des divergences se produisent et se manifestent en « conflits de générations ». Peut-être, le monde adulte  essaie trop souvent de « former » les jeunes à sa guise et veut les presser dans une forme bien définie pour les faire fonctionner dans la société.

Au niveau social et politique, les différents acteurs (politiciens, représentants de l’économie,…) essaient souvent de faire jouer les jeunes contre les adultes, comme par exemple au sujet des retraites. Ne faudrait-il pas se poser la question de conflit social et d’une juste répartition des chances plutôt que de conflit de générations ?

 

Franck C.