Pour comprendre la réalité d’autres cultures, rien de tel que d’aller à leur rencontre. C’est ce que nous livre Audrey Girard de retour d’une action de volontariat au Népal.

« Namaste » – Bonjour ! s’écrient les enfants du centre MSPN dès que, nous volontaire, passons le portail d’entrée le matin. Un endroit accueillant et soignant des enfants atteints du SIDA et de malnutrition, et un tuteur, de préférence leur mère.

Chez les parents, cela n’est pas toujours le cas. Parfois, à leurs débuts au centre, une certaine méfiance règne face aux occidentaux « blancs » qui viennent, selon eux, pour voir la misère ou bien pour tirer un avantage quelconque de leur part. Heureusement, après quelques semaines,  cette méfiance s’atténue et est remplacée par une sorte de respect, mais seulement rarement par de la gratitude.

Déjà ici l’image stéréotype du volontaire allant travailler chez des enfants et parents toujours souriants, ouverts, reconnaissants, commence à se brouiller. Non, la tâche n’est pas toujours aussi facile comme l’on pourrait le croire ! Les barrières principales sont à côté de la barrière linguistique, également leurs traditions, cultures et manières, qui nous sont pour la plupart totalement étrangères et que nous pouvons seulement rarement comprendre. Il est difficile d’accepter leur façon de faire les choses, car parfois ils le font « mal » ou remettent des choses à plus tard qu’il faudrait résoudre dans l’instant.

« Qu’est-ce qu’il arrivera aux enfants dès qu’ils quitteront le centre, surtout aux orphelins?» -une question qui m’a poussé à m’intéresser au système. Finalement, j’ai compris qu’il n’y avait qu’une solution, particulièrement pour les orphelins-assez morose !

Certes ils apprennent les bases d’anglais, de mathématiques et de népalais, mais cela ne leur suffira jamais pour suivre des études. Or, pour se forger un avenir, ces enfants auraient besoin d’une éducation beaucoup plus poussée que celle des enfants ordinaires. C’est ainsi ils deviendraient indispensables à la société népalaisepuisque atteints du SIDA, ils sont expulsés de cette dernière- or cela n’a pas lieu!

Finalement, j’en suis venue à la conclusion, que la plupart d’eux finiront certainement dans la rue et y mourront d’une infection ou d’une maladie, au plus tard à l’âge de vingt-cinq ans.

La valeur d’une vie n’est pas la même que chez nous. On ne voit quasiment pas de personnes âgées dans les hôpitaux, car à partir d’un certain âge, il ne sert plus à rien de dépenser de l’argent pour la santé d’une personne, qui elle n’en rapporte plus.

C’est la loi du plus fort qui règne ! Celui qui est physiquement assez solide survivra à un accident, une opération avec des conditions hygiéniques déplorables ou une maladie. Sinon, il terminera sa vie enterré ou brulé au bord d’un fleuve.

Tout cela peut peut-être s’expliquer par un gouvernement marqué par la corruption, mais pas seulement.

Perdue dans ce tourbillon d’idées négatives, je ne suis que parvenue à en sortir par le moyen de prendre les choses comme elles étaient et d’accepter ce qui se passait autour de moi. Cela m’a permis de commencer à apprécier cet environnement, malgré les tonnes de déchets autour de moi-tandis que j’étais en sandales- l’odeur nauséabonde ou encore le bruit incessant des klaxons de véhicules en tous genres. Prendre un bus bondé de monde, qui n’est d’ailleurs jamais plein, a fini par m’amuser. Et même prendre le thé avec des marchands, paysans, ou autres inconnus ne me faisait plus peur, mais étaient des moments d’échanges très agréables et lors desquels j’ai su beaucoup apprendre.

C’est dans ce chaos d’impressions que je suis finalement rentrée dans mon pays m’offrant confort et un avenir plus ou moins sûr. Or le retour n’a pas été aussi facile que je ne le pensais.

Le bruit, les coupures d’électricités, les diners aux chandelles, le dal bhat, mon lit en bois sans matelas, les douches froides, les volontaires rencontrés, la famille d’accueil et les enfants du centre me manquaient.

De plus, j’ai ressenti un sentiment de dégoût face au matérialisme et à cette envie occidentale de vouloir toujours plus et de ne jamais avoir assez.

Je me suis questionnée pourquoi ces peuples non occidentaux enviaient un mode de vie voué à l’égoïsme, l’avarice, jamais satisfait et voulant toujours plus. Car j’ai eu l’impression que malgré leur pauvreté matérielle ils avaient une richesse intérieure, certes fortement influencé par leur religion, mais qui donne un sens à leur vie et les guide à travers de celle-ci.

Audrey G.